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N’as-tu pas vu ?

12/03/2020
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Extrait
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Les 7 Lectures

Il s’agit là d’une parole Coranique extraordinaire, par laquelle le Vrai ﷻ s’adresse à son noble Prophète dans plus de trente versets. « N’as-tu pas vu… ? » est en réalité une éducation pour la Communauté musulmane toute entière, établissant clairement le fait que la vision (mouchâhada) est une base éminente du Message Coranique, fondamentale dans l’accès à la gnose (ma’rifa) et au dévoilement spirituel, une Voie permettant la réalisation de la vérité de la certitude (haqq al-yaqîn).

Allâh ﷻ dit : « N’as-tu pas vu que c’est devant Allah que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup de gens ? Il y en a aussi beaucoup qui méritent le châtiment. Et quiconque Allah avilit n’a personne pour l’honorer, car Allah fait ce qu’Il veut[1]. »

Et Il dit ﷻ : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel[2] ? »

Et Il dit ﷻ : « N’as-tu pas vu qu’Allah est glorifié par tous ceux qui sont dans les cieux et la terre ; ainsi que par les oiseaux déployant leurs ailes ? Chacun, certes, a appris sa façon de L’adorer et de Le glorifier. Allah sait parfaitement ce qu’ils font[3]. »

Et Il dit ﷻ : « N’as-tu pas vu comment ton Seigneur étend l’ombre ? S’Il avait voulu, certes, Il l’aurait faite immobile. Puis Nous lui fîmes du soleil son indice[4]. »

Et Il dit ﷻ : « N’as-tu pas vu qu’Allah fait pénétrer la nuit dans le jour, et qu’Il fait pénétrer le jour dans la nuit, et qu’Il a assujetti le soleil et la lune chacun poursuivant sa course jusqu’à un terme fixé ? Et Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites[5]. »

Et Il dit ﷻ : « N’as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l’eau ? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires[6]. »

Et Il dit ﷻ : « N’avez-vous pas vu comment Allah a créé sept cieux superposés[7]. »

Et Il dit ﷻ : « N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l’Eléphant[8] ? »

Dans tous les versets débutant par « N’as-tu pas vu » se trouve un Savoir d’entre les Savoirs du Messager d’Allâh ﷺ, une Science issue de la vision (mouchâhada) des apparences sous lesquelles le Vrai Se manifeste, au travers des multiples degrés de perception de l’univers, soit au travers des secrets que renferment les océans, les terres, les montagnes, les plantes, la manière que chaque créature a d’évoquer son Seigneur, ainsi que les différents états que vécurent les communautés précédentes.

Chez le cheminant dans la Voie (sâlik), le degré spirituel de « N’as-tu pas vu » est le degré de la distinction au sein de l’Union (farq al-jam’). Il s’agit ainsi d’une pérégrination (siyâha) dans les images et les formes apparentes du malakoûte, en vue d’en acquérir des Sciences, puis de revenir avec elles jusqu’au degré de l’Union (jam’), pleinement manifesté au travers de la Parole divine : « Lis, par le Nom de ton Seigneur qui a créé[9]. » Car toute connaissance et tout savoir qui ne te fait pas retourner au Tawhîd n’est en réalité pour toi rien d’autre qu’un égarement progressif (istidrâj), et en aucun cas une ouverture spirituelle.

Ainsi, le Savoir par Allâh n’est pas accessible uniquement sur base du rêve pieux, car le rêve pieux a un degré limité et bien déterminé dans la gnose : il s’agit du tout premier degré de dévoilement (kachf), comme le précise le hadîth authentique. En effet, il est établi que la toute première chose par laquelle le Messager d’Allâh ﷺ débuta, c’est le rêve pieux. Et chaque rêve pieux qui lui venait se présentait à lui comme l’aurore montante, le rêve constituant un quarante-sixième de la Prophétie. De fait, ces rêves persistèrent durant six mois, tandis que la révélation s’étend sur vingt-trois ans.

La Sainteté est quant à elle l’ombre de la Prophétie, le Prophète recevant la révélation des Lois (wahiy al-ahkâm), et le Saint la révélation inspirée (wahiy al-ilhâm). Le Vrai ﷻ dit en effet, au sujet de la mère de Moussa : « Et Nous révélâmes (wahiy) à la mère de Moussa : « Allaite-le. Et quand tu craindras pour lui, jette-le dans le flot. Et n’aie pas peur et ne t’attriste pas : Nous te le rendrons et ferons de lui un Messager[10]. » »

Et il est par ailleurs rapporté que le Prophète ﷺ dit : « Dans les communautés qui vous ont précédé se trouvaient des gens à qui l’On parlait, et s’il devait y en avoir un dans ma communauté, alors ‘Omar ibn al-Khattâb serait l’un d’entre eux[11]. »

Le dévoilement spirituel (kachf) et la Sainteté (wilâya) ne relèvent pas du domaine sensitif et physique, ni du sommeil, ni du sentimental. Il s’agit plutôt d’un dévoilement clair et concret après lequel ne demeure plus le moindre atome de doute, un dévoilement perpétuel et ininterrompu. C’est du haut de ce degré spirituel que les plus grands Maîtres, à l’instar de Aboul’Abbâs al-Moursiy – qu’Allâh sanctifie son secret – déclarèrent : « Si le Messager d’Allâh s’absentait de ma vue ne serait-ce que le temps d’un clin d’œil, je ne me considèrerais plus du nombre des musulmans. »

L’endormi étant en réalité un mort, comment pourrait-il réveiller autrui, ayant lui-même besoin d’être réveillé ? Celui qui est dépourvu d’une chose ne peut pas prétendre à sa transmission ! Ces paroles n’ont pas pour vocation de déprécier le rêve pieux, mais plutôt il s’agit d’un éclaircissement pour ceux qui souhaiteraient parvenir au Souverain Omniscient.

Quant à la vision à l’état d’éveil, elle a évidemment des fondamentaux et des bases spécifiques, afin que nul ne se méprenne à son sujet… et quelle plus grande calamité que cela ?

Ces fondamentaux, le Vrai ﷻ les a clairement établis dans le verset : « Allâh est la Lumière des cieux et de la terre[12]. » Il s’agit de la Niche (mishkâte), la Lampe (misbâh), le Cristal (zujâja) et l’Astre de grand éclat (kawkab durriy), chaque théophanie perçue devant obligatoirement être retournée à ces fondamentaux, le retour à l’origine étant une grande vertu comme on dit. Par ailleurs tous ces degrés, ou tous ces fondamentaux, doivent obligatoirement provenir et découler de l’Arbre béni : le Shaykh pleinement réalisé et constituant un isthme (barzakh) entre les deux mondes, détenteur d’une vision et d’une perception céleste, ainsi que du Tawhîd des différents mondes et des particularités intrinsèques à chacun d’eux.

Quant à celui qui entendra emprunter le Chemin sans guide, il finira inévitablement par se perdre. Et s’il venait malgré tout à croire être parvenu… en vérité, la montagne est abrupte, et les nuisances de l’égo sont subtiles et parfois extrêmement bien dissimulées. Le guide (murshid) se présente ainsi donc à l’aspirant sincère comme un miroir, dans lequel il verra se refléter tous ses défauts cachés, jusqu’à la moindre de ses failles. Il lui fera voir la réalité de son âme (nafs), en la débarrassant de son maquillage de fausse beauté, de tous ses faux semblants, et de son hypocrisie. Un miroir par lequel le disciple sera déchargé des limites de sa condition humaine, et grâce auquel il apprendra à explorer le cosmos de son être véritable.

La vision ou la contemplation (mouchâhada) à l’état d’éveil est donc un pilier absolument essentiel et indispensable au cheminant dans la Voie du Vrai. Aucune connaissance ésotérique (ma’rifa) n’est accessible sans vision. Quant au degré de l’excellence (al-Ihsân), il n’est en réalité que la pleine réalisation de la contemplation (mouchâhada) : C’est d’adorer Allâh comme si tu Le voyais, ou autrement dit, de L’adorer par le kâf at-tachbîh du monde imaginal.


[1] Sourate al-Hajj, verset 18.
[2] Sourate Ibrâhîm, verset 24.
[3] Sourate an-Noûr, verset 41.
[4] Sourate al-Fourqân, verset 45.
[5] Sourate Luqmân, verset 29.
[6] Sourate Fâtir, verset 27.
[7] Sourate Noûh, verset 15.
[8] Sourate al-Fîl, verset 1.
[9] Sourate al-‘alaq, verset 1.
[10] Sourate al-Qasas, verset 7.
[11] Sahîh Muslim.
[12] Sourate an-Noûr, verset 35.

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